Les sanctuaires océaniques pourraient réduire les risques qui menacent la tortue luth, à condition de protéger réellement ses routes migratoires contre la pêche industrielle. Le rapport « Well Connected » de Greenpeace International recommande un réseau de 17 sites dans l’Atlantique, susceptible de couvrir plus de 35 % des zones de danger identifiées et plus de 31 % de la haute mer de cette région. Cette proposition répond à un vide important : aucune zone de haute mer atlantique n’y est aujourd’hui entièrement ou fortement protégée. Son efficacité dépendra toutefois de décisions politiques et de règles appliquées sur le terrain.
Tortue luth : pourquoi les routes migratoires sont-elles si dangereuses ?
Une femelle luth peut traverser des milliers de kilomètres entre ses lieux d’alimentation et ses plages de ponte. Imaginons une tortue suivie par satellite : au fil de son voyage, elle franchit des eaux relevant de plusieurs juridictions, puis la haute mer, où les protections sont inégales et parfois absentes.
La pêche industrielle constitue une menace directe. Les tortues peuvent être capturées accidentellement dans des filets ou des palangres, ou s’empêtrer dans des engins de pêche. La circulation des cargos ajoute un risque de collision, tandis que la pollution plastique peut être confondue avec des proies, notamment des méduses.
Classée vulnérable sur la Liste rouge de l’UICN depuis 2013, l’espèce connaît un déclin des populations dans plusieurs régions. La situation varie selon les groupes : les données de ponte, par exemple, ne décrivent pas nécessairement toute une population migratrice. Protéger les plages ne suffit donc pas si les tortues restent exposées en mer.
Pêche accidentelle et habitats marins : des menaces qui se cumulent
Les dangers ne se limitent pas à un seul moment du cycle de vie. Les femelles ont besoin de plages adaptées pour pondre, mais aussi d’habitats marins où trouver leur nourriture et de corridors sûrs pour relier ces espaces. Une menace répétée tout au long du parcours peut peser lourdement sur la survie des individus.
Cette combinaison explique pourquoi la conservation des tortues doit associer protection des sites de ponte, réduction des captures accidentelles et préservation de la biodiversité océanique. À l’échelle d’une migratrice, une aire protégée isolée ne forme pas un refuge si le trajet qui la sépare d’un autre espace reste dangereux.
Sanctuaires océaniques : ce que propose le réseau de 17 sites
Dans son rapport « Well Connected », Greenpeace International identifie 17 sites à transformer en sanctuaires entièrement protégés. Le réseau comprendrait des aires marines protégées existantes à renforcer, des zones déjà examinées par des gouvernements et de nouveaux sites. L’objectif est de couvrir les secteurs où les espèces migratrices rencontrent les pressions les plus fortes.
Selon le rapport, ces sanctuaires pourraient recouvrir plus de 35 % des zones de danger associées à la pêche industrielle pour les tortues luth. Ensemble, ils représenteraient plus de 31 % de la haute mer atlantique. Il s’agit d’un potentiel de protection estimé, et non d’une réduction déjà observée de la mortalité : celle-ci dépendrait de la création des zones, de leur niveau de protection et du respect des règles.
Le tableau résume la différence entre la situation actuelle et l’ambition proposée par Greenpeace.
| Enjeu | Situation ou proposition | Effet recherché |
|---|---|---|
| Protection de la haute mer atlantique | Aucune zone entièrement ou fortement protégée, selon les informations du rapport | Réduire l’exposition des tortues aux engins de pêche commerciale |
| Réseau proposé | 17 sites couvrant plus de 31 % de la haute mer atlantique | Relier les refuges le long des parcours migratoires |
| Zones de danger liées à la pêche | Plus de 35 % pourraient être couvertes par les sanctuaires envisagés | Limiter les risques de capture accidentelle et de mortalité |
| Engagement mondial | Protéger 30 % de l’océan d’ici 2030 | Donner aux écosystèmes marins une possibilité de se rétablir |
La proposition s’inscrit dans le cadre du traité sur la haute mer, ou traité sur l’océan mondial, qui permet de créer des aires protégées au-delà des juridictions nationales. Pour qu’un sanctuaire soit plus qu’une limite tracée sur une carte, il faut que ses règles réduisent effectivement les activités les plus dommageables.
Des zones protégées efficaces, pas seulement des zones déclarées
Le terme « entièrement protégé » est essentiel : une aire marine protégée n’interdit pas nécessairement toutes les activités extractives. Si la pêche industrielle y reste autorisée, la tortue peut continuer à y rencontrer les mêmes engins que dans les eaux non protégées.
Les décisions attendues lors de la COP17 de la Convention sur la diversité biologique, ouverte le 19 octobre 2026 en Arménie, s’inscrivent dans le suivi des objectifs mondiaux adoptés en 2022. Parmi eux figure la protection de 30 % des océans d’ici 2030. Greenpeace met en garde contre le décalage entre cet engagement et sa mise en œuvre : selon son calcul, au rythme actuel, il faudrait 265 ans pour atteindre cette cible.
La protection marine peut-elle enrayer le déclin des tortues luth ?
Un réseau connecté pourrait agir sur une cause importante du déclin : l’exposition à la pêche industrielle en haute mer. Il protégerait des portions de routes migratoires et rendrait les refuges plus cohérents à l’échelle de l’Atlantique. Mais il ne réglerait pas à lui seul les menaces présentes près des côtes, sur les plages de ponte ou dans les zones d’alimentation.
Pour mesurer les progrès, les gouvernements devront suivre des indicateurs concrets : mortalité liée aux engins de pêche, état des populations reproductrices, respect des règles dans les sanctuaires et évolution des pressions sur les habitats marins. Ces observations permettront de vérifier si la protection profite réellement aux tortues et à la biodiversité, au-delà des superficies annoncées.
- Créer les 17 sanctuaires proposés et garantir qu’ils bénéficient d’une protection élevée.
- Réduire la pêche accidentelle en limitant les engins et les pratiques les plus risqués dans les zones sensibles.
- Relier la protection en haute mer aux mesures prises sur les plages de ponte et dans les eaux côtières.
- Évaluer les résultats dans la durée à partir du suivi des captures, des migrations et des populations.
La tortue imaginée au début de son voyage ne serait à l’abri que si les zones protégées se succèdent sur son itinéraire et si leur statut est respecté. Le réseau proposé offre une piste concrète, mais son efficacité dépendra de la volonté des États à transformer les engagements en mesures applicables. Pour suivre les décisions sur la haute mer, consultez les informations du traité des Nations unies sur la biodiversité marine au-delà des juridictions nationales et les ressources de l’Convention sur la diversité biologique.
Source: fr.news.yahoo.com

